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Groupe de recherche et d’observation sur les usages et cultures médiatiques
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La télévision francophone, miroir d'une société pluriculturelle ? Perceptions, besoins et attentes des communautés en prés



Présentation au Colloque de fondation du Réseau canadien de recherche culturelle (RCRC/CCRN), Congrès des sciences humaines et sociales, Université d'Ottawa, 4 juin 1998

par Danielle Bélanger, Groupe de recherche sur les médias, Université du Québec à Montréal

Je présenterai ici quelques résultats d'une recherche qualitative que nous avons faite, Serge Proulx et moi, en 1996 sur l'écoute de la télévision francophone par cinq communautés culturelles de la région de Montréal. Initiée par le Centre d'études sur les médias, cette recherche a bénéficié du support de plusieurs ministères (canadien et québécois) et de télédiffuseurs généralistes francophones du Québec.

Selon Statistiques Canada, les communautés culturelles représentaient, en 1991, 17 % de la population de la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal et 24 % de la population de la grande région de Montréal. Alors que la population totale du Québec a augmenté de 13 % entre 1971 et 1991, la population allophone -c'est-à-dire dont la langue maternelle est autre que le français, l'anglais ou une langue autochtone- a augmenté de 58 % au cours de la même période. En 2006, les communautés culturelles devraient atteindre le million et représenter le quart de la RMR de Montréal.

Cette nouvelle réalité a des incidences directes sur la vie économique du Québec, et en particulier sur celle de Montréal. Les télédiffuseurs québécois francophones ont, de toute évidence, un déficit d'écoute à combler car bien que 69 % des membres des communautés culturelles disent pouvoir s'exprimer en français, seulement 33 % de leur écoute va à la télévision en français contre 60 % à l'écoute en anglais. Les médias de masse francophones font face à un double défi: tenir compte des besoins des communautés culturelles et continuer à satisfaire la base de leur auditoire, les Québécois francophones "de souche". L'objectif général de la recherche était donc de fournir aux télédiffuseurs une meilleure connaissance de la dynamique de consommation télévisuelle des membres des communautés culturelles afin de trouver des points de convergence entre les différentes communautés en présence au Québec. Je parlerai ici de la réaction à l'offre de programmation francophone ainsi que de la question de la représentation des communautés culturelles à la télévision.

Méthodologie et limites de la recherche

Nous avons fait dix groupes de discussion qui regroupaient des hommes et des femmes de la région de Montréal, âgés de 26 à 34 ans, plus et moins scolarisés. Huit groupes étaient constitués de membres des communautés culturelles, immigrants de première génération appartenant à cinq communautés linguistiques francophiles ayant connu une forte immigration récente et écoutant déjà de façon appréciable la télévision en français: les communautés arabophone, créole, hispanophone, portugaise et vietnamienne. On a aussi réalisé, à titre de contrôle, deux groupes de Québécois francophones de " souche ".

Cette enquête est sujette à de nombreuses limites dont la première est son caractère exploratoire. Le nombre restreint de participants francophones et le large éventail des communautés culturelles comprises dans les cinq communautés linguistiques offre une faible représentation de chaque groupe en présence. De plus, l'échantillon des membres des communautés culturelles ne comprend que des personnes de première génération, et plus de personnes scolarisées. Utile pour le caractère exploratoire de cette recherche de convergences entre les dynamiques de plusieurs communautés différentes, cette méthodologie demande à être complétée par un volet quantitatif.

La dynamique de consommation télévisuelle en français des membres des communautés culturelles en fonction de la programmation offerte

Les groupes de discussion ont permis de recueillir des opinions concernant cinq genres télévisuels : les émissions d'information, les sports, les émissions de variétés, les divers types de dramatiques (comédies de situation, téléromans, téléséries et films) et les émissions jeunesse. Quelques suggestions communes aux allophones et aux francophones pour améliorer la programmation et mieux répondre aux besoins des communautés culturelles sans affecter négativement l'écoute des francophones ressortent également.

Les émissions d'information

Les émissions d'information (nouvelles et affaires publiques) sont celles auxquelles les participants des communautés culturelles, tant hommes que femmes, disent s'intéresser le plus. En général, on trouve les nouvelles faciles à comprendre, de facture très professionnelle, objectives et indépendantes en raison de la liberté d'expression qui prévaut ici. On souligne aussi que le point de vue critique bien développé dénonce et même prévient certaines situations déplorables. On critique cependant le sensationnalisme et la centration sur les faits divers, surtout dans le traitement des informations qui concernent les allophones.

Les répondants des communautés culturelles s'attendent à ce que les émissions d'information les aident à connaître et à comprendre la société québécoise et canadienne. On aimerait un accent sur la place et le rôle des communautés culturelles et plus d'emphase sur les nouvelles internationales.

Un point commun sur lequel les femmes aussi bien allophones que francophones ont insisté : l'élargissement du choix des thèmes pour les reportages, les entrevues et les documentaires. Par exemple, des informations internationales différentes de celles qui sont généralement présentées. Elles voudraient voir les autres pays autrement que dans des situations de guerres, de drames et de catastrophes. Ces thèmes seraient plus proches du vécu, de l'expérience commune. Il y a cependant peu d'ouverture de la part des francophones consultés pour une augmentation des informations internationales.

Les sports

Peu de points communs ressortent au sujet du sport. Les allophones (plus les hommes) aimeraient une couverture du soccer aux chaînes généralistes francophones mais il semble y avoir peu d'intérêt du côté des francophones qui trouvent RDS suffisant à cet égard. Toutefois, comme les allophones ont identifié plusieurs autres sports qu'ils aimeraient voir aux chaînes généralistes francophones : le tennis, la course automobile et le basket-ball, il faudrait explorer l'ouverture des francophones dans ce sens.

Les variétés

Ces émissions sont en général assez populaires. Les répondants valorisent en particulier les émissions qui leur donnent l'impression de ne pas perdre trop leur temps, d'apprendre quelque chose en s'amusant comme les questionnaires ou les quiz. Les invités comptent autant que l'animateur dans la popularité de ces émissions.

Dans les talk shows, l'animateur est aussi très important, mais l'écoute est d'abord déterminée par le choix des invités. La surexposition des vedettes et des animateurs, un reproche d'ailleurs adressé à l'ensemble de la programmation québécoise, en ennuie plusieurs.

Deux suggestions communes ressortent fortement. Tout d'abord, francophones et allophones souhaiteraient voir des émissions de cuisine ethnique. C'est l'une des suggestions les plus partagées bien que quelques allophones estiment cela un peu trop folklorique. Si la première suggestion intéressait plus les femmes, la seconde vient davantage des hommes: il s'agit des émissions humoristiques. Plusieurs ont manifesté un grand besoin de rire et de se détendre.

Les dramatiques

Les comédies de situation (sitcoms) sont parmi les dramatiques les plus appréciées parce qu'elles permettent de relaxer et d'oublier les soucis. On aime qu'elles traitent des thèmes de la vie ordinaire, qu'elles montrent des personnes de tous âges, provenances et classes sociales dans leur cadre de vie ordinaire. On y trouve de bons exemples et des idées de solutions pour les petits problèmes courants ce qui en fait de bonnes émissions à regarder en famille. On apprécie l'usage de la langue courante, ce qui en favorise l'apprentissage. Certains aimeraient que l'humour québécois soit plus accessible et plus universel. On voudrait, surtout, plus de comédies de situation en français qui intégreraient davantage les personnes des communautés culturelles et une plus grande variété de situations.

Les téléromans intéressent surtout les femmes, en général moins scolarisées, et arrivées ici depuis plus de 6 ans. Les participants ont exprimé plusieurs réserves vis-à-vis des téléromans francophones et même ceux qui disent les regarder les critiquent. Certaines situations dans les dramatiques - en particulier les relations parents/enfants ou parents/adolescents- peuvent être en contradiction avec les valeurs familiales de certains participants qui estiment que ces émissions donnent de mauvais exemples. On mentionne la représentation d'interactions familiales impolies et grossières; le fait d'encourager les jeunes à habiter ailleurs que dans leur famille pour étudier; la tolérance à une vie sexuelle précoce, etc. Tout cela est interprété par certains comme du laxisme parental et comme le fait que les adolescents ne sont pas soutenus et qu'ils n'ont pas de place dans la société. Parmi les suggestions formulées par les allophones, on voudrait que les téléromans intègrent davantage les personnes des communautés culturelles et les difficultés qu'elles rencontrent.

Les téléséries, souvent considérées comme historiques au sens large, sont particulièrement appréciées parce qu'elles aident les participants à mieux comprendre la société québécoise. Les allophones aimeraient qu'il y en ait davantage afin de mieux saisir la mentalité et la culture d'ici.

Quant aux films, les allophones déplorent qu'il y ait trop de répétitions dans l'offre: trop de productions commerciales et de films américains. On voudrait que la télévision reflète mieux la production internationale.

Plusieurs suggestions ont été émises par les communautés culturelles au sujet des dramatiques en général. On souhaiterait moins de violence, une représentation plus positive des relations parents/enfants, une représentation réaliste et diversifiée des communautés culturelles et, règle générale, des émissions à caractère plus positif et plus gai. Les dramatiques francophones sont comparées désavantageusement avec les séries américaines.

La famille est un thème qui rallie les francophones et les allophones. On pense aux familles en général dont les familles des communautés culturelles et leur intégration sociale. Cependant, les femmes francophones manifestent peu d'ouverture pour un accroissement de la représentation des allophones dans les dramatiques québécoises.

Les émissions jeunesse

Point de convergence majeur entre les francophones et les allophones, les émissions jeunesse sont identifiées comme celles à prioriser en terme d'intégration des communautés culturelles. Tous s'entendent pour penser que la télévision doit préparer les enfants et les adolescents à vivre dans une société en mutation et toujours davantage pluriculturelle.

La programmation en général

Nous retrouvons deux éléments communs aux suggestions des francophones et des allophones en regard de la programmation. D'abord, on souhaite que les efforts en vue d'accroître la représentation des communautés culturelles et le nombre de thèmes qui les concernent, soient réalisés dans la perspective d'une intégration à la programmation régulière. Les répondants se montrent convaincus que des émissions trop "ethniques" engendreraient un "effet ghetto" et n'intéresseraient personne. Deuxièmement, on voudrait une programmation et un traitement des émissions qui mettent l'accent sur la quotidienneté, le vécu commun des gens, les ressemblances dans les expériences vécues par les uns et les autres.

Consommation en fonction de l'information et du divertissement

La plupart des répondants des communautés culturelles ont affirmé regarder assidûment les bulletins de nouvelles et les émissions d'information. Les personnes d'arrivée plus récente mentionnent davantage les émissions d'information parmi leurs émissions préférées. Après dix ans de résidence, les dramatiques dominent le tableau quoique l'information garde un grand intérêt.

Les émissions d'information sont aussi celles qui retiennent le plus fidèlement l'écoute télévisuelle en français. D'après nos résultats, après dix années de résidence, il semble que les répondants se réfèrent moins aux chaînes anglophones pour leurs émissions d'information qu'ils ne le faisaient au moment de leur arrivée. Enfin, ce sont surtout des dramatiques qui sont alors mentionnées comme émissions préférées en anglais, par les femmes un peu plus que par les hommes.

Cette question de l'attachement des allophones aux émissions d'information des chaînes francophones mériterait d'être approfondie. L'information télévisée jouit d'une connotation positive par rapport au divertissement. On peut se demander quel est le poids symbolique de cette fidélité d'écoute des émissions d'information francophones et penser qu'il y a là une porte d'entrée au développement de stratégies visant à accroître l'écoute des allophones pour l'ensemble de la programmation francophone.

La représentation des communautés culturelles

Tout au long des entrevues, la question de la représentation des communautés culturelles à la télévision est abordée de façon directe ou indirecte. Soulignons que la majorité des suggestions visant à accroître l'écoute des allophones sans affecter celle des francophones, la question de la représentation intervient dans l'esprit de tous.

Les niveaux de représentation

Francophones comme allophones identifient globalement trois niveaux de représentation des communautés culturelles à la télévision. Premièrement, la présence ne comporte pas de manifestation explicite de la culture des communautés culturelles; ce type de représentation est surtout associé à l'intégration au marché du travail que constituent les médias québécois (par exemple, animateur ou comédien, artisan mentionné au générique, etc.). Deuxièmement, le niveau de l'expression sous-entend que le représentant exprime explicitement sa culture propre; ce niveau est associé à la connaissance et à la découverte de l'Autre. Enfin, l'interaction intervient quand il y a expression de la culture propre du représentant mais mise en relation avec la culture de la société d'accueil; ce type de présence est davantage lié à l'intégration sociale et à l'ouverture de la société d'accueil envers la culture de l'Autre.

Les perceptions respectives des francophones et des membres des communautés culturelles peuvent être très différentes non seulement en regard du niveau de représentation souhaitable mais également quant à l'évaluation du niveau de atteint. Pour les francophones, ces niveaux se situent sur un continuum qui présente une exigence croissante pour la société d'accueil, les deux premiers niveaux rencontrant en effet beaucoup moins de résistance que le dernier. On constate qu'ils auront tendance à surévaluer les niveaux atteints par rapport aux allophones.

Selon le point de vue des allophones, l'identification et l'atteinte de ces niveaux auront tendance à être sous-évaluées par rapport aux francophones puisqu'ils aspirent à prendre une place normale dans les médias. Les membres des communautés culturelles estiment, en effet, que leur présence est importante parce qu'elle manifeste une ouverture du marché du travail aux immigrants. Cependant, cette présence est considérée comme un premier pas, un minimum nécessaire mais insuffisant. Les deux autres niveaux de représentation: expression et interaction, sont perçus comme plus importants parce qu'ils permettent de participer de plein droit, de "faire partie de" la société québécoise.

Par exemple, pour plusieurs répondants francophones, la présence de personnes de communautés culturelles dans les téléromans manifeste un niveau d'interaction avec la société d'accueil. Ils considèrent que ce type de programmes reflète en partie la réalité sociale vécue. De leur côté, les répondants des communautés culturelles considèrent cette participation comme un niveau de présence, un rôle à jouer, un travail de comédien à accomplir. Très favorables à ce type de présence télévisuelle -qu'ils souhaitent voir s'accroître- ils ne pensent toutefois pas qu'ils expriment leur culture propre à travers ces prestations télévisées. Il ne s'agit pour eux que d'une image des relations interculturelles, en l'occurrence celle de l'auteur du téléroman (presque toujours un Québécois francophone).

Les perceptions des Québécois francophones

Dans l'ensemble, les francophones trouvent que la représentation des communautés culturelles s'améliore sur les chaînes francophones même s'il reste bien des changements à apporter. Les opinions les plus modérées étaient majoritaires parmi nos répondants, et favorisaient un faible accroissement de la représentation des communautés culturelles à la télévision ou le statu quo.

Pour mieux saisir les perceptions des francophones, nous avons cherché à comprendre comment ils jugeaient si une personne qu'ils voient à la télévision appartient à une communauté culturelle. Il est apparu que trois éléments majeurs fondent leur jugement. Le premier est l'attitude envers les communautés culturelles de celui qui définit cette appartenance, sa plus ou moins grande ouverture personnelle. Le deuxième élément est la perception d'une proximité culturelle entre une communauté culturelle donnée et la société d'accueil. La langue (et aussi, les "accents" de la langue parlée), la race, les us et coutumes -particulièrement, les rapports perçus comme plus ou moins inégaux entre les hommes et les femmes- sont identifiés comme les aspects principaux auxquels on se réfère pour juger de cette proximité. Le troisième élément qui permet aux répondants francophones de se sentir plus ou moins près d'un représentant d'une communauté culturelle à la télévision concerne leur perception d'une acceptation du principe d'une intégration sociale. On constate également que des contacts fréquents induisent une impression de plus grande "familiarité" avec les personnages du petit écran. Plus on voit une personne ou un groupe culturel, moins il apparaît étranger et moins il est perçu comme une "communauté culturelle" distincte et éloignée d'un "nous" québécois.

Les perceptions des membres des communautés culturelles

Dans l'ensemble, les répondants des communautés culturelles ne se sentent pas représentés adéquatement à la télévision francophone. Malgré des différences dans l'expression des attentes, on peut estimer que la plupart des répondants trouveraient important que la situation s'améliore. On souhaiterait que les communautés culturelles fassent partie à part entière du paysage télévisuel québécois. On insiste sur le fait que la télévision représente un véritable lien social entre les individus. Une présence accrue des communautés culturelles au petit écran manifesterait ainsi une plus grande ouverture de la part de la société d'accueil, une incitation à l'intégration sociale des immigrants, de nouvelles possibilités d'appartenance et d'identification pour tous, mais surtout pour les enfants. Pour certains répondants, la télévision étant une institution sociale, ces types d'actions suscitant la représentation télévisuelle des communautés culturelles relèvent directement de ses responsabilités sociales.

Nous retrouvons les mêmes considérations que dans la plupart des recherches antérieures quant au désir d'une meilleure représentation. Qu'il y ait davantage de personnes présentes au petit écran, qu'elles soient plus représentatives de l'ensemble des communautés dans la société, de leurs niveaux d'intégration, de leurs positions sociales, etc.

De fait, certaines représentations des communautés culturelles peuvent au contraire blesser ceux qui en sont l'objet. On en voit l'illustration dans certains téléromans où des personnes des communautés culturelles estiment leur portrait caricatural et stéréotypé. Ils manifestent aussi une allergie à " l'ethnique de service " et insistent sur le fait que les personnes doivent avoir du talent, parce qu'autrement l'image des communautés pourrait, au contraire, être ternie. On voit que ces opinions cohabitent de façon paradoxale avec le désir de s'intégrer au marché du travail que sont les médias.

Le lien entre la représentation et l'écoute des émissions de télévision semble assez faible. En effet, sauf pour certains répondants d'arrivée récente, la plupart disent choisir leurs émissions davantage en fonction du contenu que de la représentation des communautés culturelles à l'écran. Cette constatation a été confirmée dans une démarche quantitative ultérieure. Toutefois, tous s'accordent pour dire que cette question de la représentation joue à un niveau beaucoup plus subtil et fondamental. Il s'agirait en effet, comme nous l'avons déjà dit, d'un signe d'ouverture, d'une incitation à l'intégration, d'une possibilité de s'identifier à la société d'accueil. Certains estiment que c'est l'un des critères qui les fait choisir inconsciemment une chaîne de télévision plutôt qu'une autre, parce qu'ils s'y sentent respectés et à l'aise. La représentation jouerait donc de façon symbolique sur la perception générale d'une chaîne et donc indirectement sur le choix de programmes spécifiques.

Ces opinions amènent à se questionner sur les éléments constitutifs de la perception "d'être représenté". Les membres d'une communauté culturelle se sentent d'abord représentés par les membres de leur communauté, de leur race et parfois par ceux qui parlent leur langue. Par un processus d'accommodation et de rationalisation, ils se sentent aussi représentés par les membres des autres communautés culturelles, particulièrement ceux appartenant aux "minorités visibles". Différents facteurs expliquent ce phénomène. On se sent solidaire des autres immigrants, on pense que sa communauté est trop peu nombreuse ou encore, dans le cas de communautés moins distinctes physiquement, on s'estime difficile à représenter parce que peu "typique".

Avenue de recherche : explorer davantage la question de la représentation

Même s'il n'y a pas de lien de cause à effet entre la représentation des communautés culturelles et leur écoute de ces émissions, il faut retenir que la représentation joue sur l'évaluation de la chaîne et sur les perceptions de la télévision francophone en général et donc, de façon indirecte sur le choix et l'écoute des émissions francophones. L'exploration de la relation entre les habitudes d'écoute et la satisfaction quant à la représentation offre des perspectives intéressantes. Cela permettrait de discerner entre les niveaux de représentation à privilégier pour obtenir les résultats les plus probants à la fois pour une amélioration de l'image de la télévision francophone et de l'écoute des allophones. La question des niveaux différents de représentation, identifiés à la fois par les francophones et les allophones, présente un potentiel intéressant.

L'analyse des discours des répondants suggère la possibilité d'une stratégie planifiée d'intégration d'éléments ethnoculturels dans la programmation francophone. Nous pensons que les éléments constitutifs de la perception des francophones vis-à-vis des communautés culturelles pourraient servir à l'élaboration d'une grille d'évaluation du niveau de représentation des communautés culturelles à la télévision francophone. Il s'agirait alors d'évaluer l'ouverture et le niveau de tolérance du public francophone afin de mieux cibler par exemple, dans quelles émissions introduire tel type de représentant des communautés culturelles qui tiendrait tel rôle.

En ce qui concerne la présence des communautés culturelles dans la programmation francophone, la prudence est nécessaire car le mieux risque de devenir l'ennemi du bien. Nous pensons, en effet, qu'il faut agir avec circonspection si on ne veut pas dépasser l'ouverture des francophones et obtenir des effets pervers sur leur propre écoute de la télévision francophone. D'un autre côté, il faut aussi tenir compte des besoins et aspirations des allophones. à cet égard, il semble que toutes les formes de représentation ne soient pas non plus souhaitables puisque les allophones pourraient aussi se sentir blessés par ce qu'ils voient.

En conclusion, nous croyons que les études subséquentes devraient mesurer les éléments suivants pour comprendre comment les francophones évaluent la représentation des communautés culturelles à la télévision francophone.

A. L'ouverture à la différence

Il faudrait mieux comprendre l'ouverture et la tolérance des francophones modérés -qui sont les plus nombreux- envers les communautés culturelles. Il ne semble pas opportun de s'aligner sur les opinions des francophones les plus ouverts non seulement à cause de leur faible nombre mais aussi parce qu'il faut tenir compte de la distance entre "ce qu'on dit et ce qu'on fait", entre le discours et le comportement. On ne peut ignorer la prégnance actuelle d'une "rectitude politique" qui pousse les individus à émettre des opinions plus ouvertes en public alors que l'écoute de la télévision est une pratique privée où des éléments comme la rectitude politique joueront justement très peu.

Il apparaît nécessaire également de prendre en compte deux autres éléments: la proximité culturelle (entre une communauté culturelle spécifique et la société d'accueil) et la dimension de l'intégration sociale des représentants (acquisition d'éléments de la culture d'accueil). Ces deux derniers éléments semblent pouvoir se compléter et même se contrebalancer. Nous pourrions donc être en mesure d'identifier quels sont les éléments significatifs de proximité et d'éloignement avec la culture d'accueil. Qu'est-ce qui provoque le plus de résistance? Qu'est-ce qui est le plus facile à accepter ? Par exemple: la religion, l'habillement, l'accent, la mentalité, l'égalité des relations hommes/femmes, etc. Cet exercice permettrait de ne pas additionner inutilement dans une même émission des éléments jugés difficiles et au contraire, d'introduire des aspects facilitants dans la représentation.

B. Un continuum des niveaux de présence des communautés culturelles à la télévision francophone

Rappelons les trois niveaux de représentation perçus par la majorité des répondants: la présence proprement dite; l'expression des opinions et particularités culturelles mais sans interaction explicite avec l'univers culturel de la société d'accueil; l'interaction entre cultures immigrantes et culture du pays d'accueil. Ces différents niveaux sont plutôt perçus comme un continuum qui ne présentent pas tous la même facilité d'acceptation pour les membres de la société d'accueil. Il semble que ce soit un concept opérationnalisable puisque la plupart des répondants francophones semblaient se référer aux mêmes indicateurs pour distinguer entre les types de représentation.

C. L'importance accordée aux genres télé visuels

Il s'agirait ici de prendre en compte les perceptions des deux grandes catégories d'émissions: l'information (jugée la fonction primordiale de la télévision, le genre le plus valorisé) et le divertissement.

L'approfondissement des éléments mentionnés et éventuellement, l'ajout de d'autres facteurs influençant l'évaluation de la représentation permettrait d'identifier la meilleure stratégie pour satisfaire les besoins des allophones en les intégrant davantage et de façon adéquate dans la programmation francophone tout en provoquant le moins de résistance de la part des publics francophones.

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